
Parfois, l’algorithme instagram fait bien les choses. Fin juin, il m’a proposé un réel d’un groupe que je ne connaissais pas : Kill The Princess. On est trois mois plus tard, j’ai écouté le dernier album en date, A Fire Within, plusieurs centaines de fois (et les autres aussi, mais c’est pas le sujet) et j’ai envie d’enfin vous dire pourquoi c’est un album important. Asseyez-vous, prenez un thé, on est parti pour une longue divagation et sûrement un peu de surinterprétation.

Les membres de KTP de gauche à droite : Emilie Poncheele – Guitare lead / Ornella Rocca – Chant, guitare / Eva Heinrich – Batterie / Céline Vannier – Basse, choeurs
Une source d’énergie inépuisable
Une bonne entame d’album, c’est un gros riff de guitare qui fait tranquillement monter la sauce jusqu’au drop où on découvre le reste du groupe. Bury The Castles fait très bien cela et pose ainsi de très bonnes bases pour la suite. Le groupe nous sert un hymne à l’indépendance des femmes (ou afab, plus globalement) avec un refrain accrocheur sur lequel on a envie de chanter fort pour sortir plus vite des cases dans lesquelles ont a pu nous mettre. On enchaîne avec The Outsider, grosse pépite pop extrêmement efficace qui gravera instantanément sa mélodie dans votre mémoire. Maintenant que le groupe vous a accroché avec son côté pop dansant, on va entamer un voyage de plus en plus profond vers des morceaux rock un peu plus enragés. Tant par leurs propos que par leur ambiance qui va devenir de plus en plus sombre jusqu’au presque lugubre Grim Survival. Les guitares sont ultra saturées, la basse s’enflamme pour des lignes presque indécentes et les changements de rythme de la batterie terminent de figer l’ambiance pour un pont intense puis une explosion de puissance à coup de growl, de cordes supplément distortion et de double pédale. Un délice.
On retrouve un peu de lumière avec Your Denial, musicalement surtout. Les paroles d’un autre côté sont empreintes de rage face au déni d’une partie de la population face au combat féministe. Parce que oui, c’est toujours nécessaire, que vous souhaitiez le voir ou non. C’est intéressant que cette chanson, aussi dure soit elle, soit celle qui présente l’une des envolées les plus atmosphériques de l’album, le final est doux comme si on pouvait croire qu’au final l’homme de l’histoire commençait à contribuer à la résolution des problèmes. La suite laissera penser que ce n’est finalement pas le cas puisqu’on se heurtera à Glass Ceiling où les guitares raisonneront presque comme une alarme avant une nouvelle plongée en eaux troubles avec Dice Roll. On repart dans le grave et on prend une dernière grosse claque. Enfin pas vraiment, parce qu’il reste une piste, et pas des moindres. Une longue intro atmosphérique, puis du piano pour la première fois de l’album, on se demande où tout cela va nous mener. La réponse est simple : vers le morceau le plus intrigant et potentiellement émouvant de A Fire Within, Under The Water. Le son rock de KTP reprend vite le lead pour nous envoyer dans les limbes du doute permanent. La track musicale est plutôt optimiste avec des mélodies de guitare qui portent tranquillement le deuxième couplet. La construction de cette chanson est intense et réserve encore un final en crescendo qui explose sur des harmonies qui donnent des frissons et une rage qui laisse la place à un solo incroyable. C’est beau, c’est tout.
Une production impeccable
A l’écoute initiale de l’album, on rate forcément pas mal de détails. Mais on ne s’arrête pas à la fin des 38 minutes, on relance la lecture (ce n’est pas une menace, plutôt une promesse). Et là on entend les superpositions de voix qui créent la profondeur qu’on avait ressentie, la ligne de basse qu’on avait laissé se cacher derrière la saturation des guitares et la batterie, qui traverse tout ça pour donner ce relief incroyable à toutes les pistes. Il y a aussi un gros travail de séquences presque imperceptibles mais qui manqueraient si elles n’étaient pas là. Les quatre membres du groupe créent un son extrêmement solide et cohérent avec les messages à passer. Un grand bravo à Niko de Vamacara Studios pour son travail au niveau de la production, le mixage est extrêmement précis et rend les écoutes successives très intéressantes parce qu’on continue de repérer des détails qu’on avait ratés. L’attention portée au niveau de la stéréo est aussi notable, les sons se déplacent glorieusement de droite à gauche pour les guitares mais c’est sur la batterie que c’est le plus subtile, on a vraiment la sensation d’être devant la batterie avec tous les éléments autour de nous. On aurait presque un audio spatial avec la voix au centre, les cordes autour pour l’envelopper et la batterie qui porte et traverse tout cela, c’est brillant.
D’ailleurs, parlons un peu plus de cette dernière, parce que j’ai tendance à hyperfocus dessus. Les pistes de batterie sont loin d’être juste des bases de rythme pour soutenir le reste. Le jeu d’Eva sur les fûts est composé de plein de petits chops qui se suivent, se répondent et jouent avec les autres instruments du groupe. On est forcément bien calé avec l’indissociable basse mais il y a de nombreux moments où les patterns de batterie se calent avec les mélodies de guitare ou le rythme des paroles. Et parfois, il se passe beaucoup de petites choses qui vont transcender les mélodies pour ajouter encore plus d’accroche. Je vous invite à réécouter The Outsider en focalisant votre attention sur la batterie pour vous rendre compte que l’énergie déployée est colossale (et pas que sur cette piste). C’est hyper varié, maîtrisé et précis. Eva, si tu passes par là, bravo pour les travaux et merci pour l’inspi !
Des messages importants
Vous l’aurez compris, le son de KTP est extrêmement travaillé et devrait vous plaire tant que vous aimez un peu le rock. Le groupe s’est formé sur une envie de mettre plus de femmes en avant sur la scène métal, et sur scène tout court. Un autre aspect très important du groupe est le message porté. Ou plutôt les messages, parce qu’on ne va pas se priver. Certains thèmes des chansons se répondent ou élargissent le champ d’applications. Si on essaient de sortir du chemin tracé par d’autres ou la société dans Bury The Castle, on apprend aussi à affirmer notre propre identité dans The Outsider. Par extension, et c’est plutôt un message du clip de la chanson, le groupe nous rappelle que si on ne se sent pas bien avec certaines personnes, on peut bouger et aller rencontrer notre groupe, notre famille choisie. Puis laisser tomber les membres toxiques de notre famille de base dans What You Wanted. Sans oublier de se libérer des personnes qui nous empêchent d’évoluer dans Glass Ceiling. On connaît toustes le concept pour le monde du travail mais il en va de même pour cet ami qui ne se réjouit jamais de nos avancées, c’est toujours mieux de le laisser de côté pour continuer d’avancer. Je vous laisse découvrir les autres thèmes abordés et me dire ce qui vous a le plus impacté. Certaines pistes vous parleront plus que d’autres mais il y a forcément au moins une chanson qui vous correspondra. Vous savez ce qu’il vous reste à faire : écouter A Fire Within et les précédents !
Puis aller voir le groupe en live, l’énergie est décuplée par rapport aux albums (oui oui, c’est possible).

Le deuxième album original de Kill The Princess, A Fire Within, est une petite bombe d’énergie rock. Le groupe pioche ses inspirations dans beaucoup de styles différents pour créer son propre son et ça fonctionne extrêmement bien. De l’entame pop énervée à l’atmosphérique et intense Under The Water en passant par la rage rampante de Grim Survival, tous les titres montrent une efficacité indéniable. La production est impeccable et permet de mettre en avant l’immense talent des quatre membres du groupe. Elles brillent à l’individuel et permettent de sublimer le son global du projet. Tout est parfaitement écrit, réfléchi, travaillé pour une exécution qui n’amène qu’à une chose : relancer la lecture depuis le début ! KTP est né de l’envie de mettre plus de femmes sur scène, faites de la place parce qu’elle ont toutes les cartes en main pour récupérer l’espace de la plus belle des manières : Un son qui donne envie de bouger, des paroles incisives avec des messages importants et une forte envie de tout donner ! A écouter sans modération et à voir en live dès que l’occasion se présente, vous m’en direz des nouvelles.
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